Petit amas de morale : du sonore en regard du visuel

Plus le son progresse en tant que forme d'art, plus il devient visuel.
Le son est devenu images. Images que l'on veut simples et percutantes, faciles à décoder en un clin d'oeil dans notre langage habituel, images qui vendent.
Pourtant, l'écoute, la posture d'écoute, la complexité des espaces sonores est si rarement bien exprimée en images, pour une raison simple, ces aspects sont majoritairement occultés lors de la documentation d'une oeuvre sonore.
On s'intéresse à la mise en images du son en séparant apparence et expérience, on le présente techniquement, vide de vie.
On se trompe à chercher à rendre l'art sonore visuel par défaut ou à tout prix.
Ceci me paraît une imposture à l'égard de l'écoute. Dans le son, c'est précisement ce qu'on ne voit pas qui est important.
Le son, c'est un engagement dans le temps et l'espace. Si vous n'êtes pas là à vivre cette trame physique et temporelle, il ne se passe rien.
Pour moi, pour nous, le travail avec le son est une forme de connexion profonde, une discussion entre soi et le temps.
Le travail en art sonore c'est d'arriver à convaincre les gens de participer plutôt que de s'abreuver à un divertissement, prendre le public comme destinataire d'un expérience commune au lieu de remplir l'espace vide de la galerie ou de la salle de concert.
C'est la responsabilité de vous faire rentrer dans notre monde d'écoute de tout, vous faire voyager avec du petit et du commun pour que vous puissiez poursuivre l'écoute, sans transitions, sans frontières.
De la salle de concert jusqu'au retour chez vous.
L'objectif : comme nous, vous écouterez toujours. Vous baisserez la musique pour entendre l'au-dehors.
Vous vous mettrez à aimez les musiques qui laissent une place au paysage, qui respirent assez pour que la vie puisse s'insuffler dedans, avec.
Vous vous mettrez consciemment à provoquer le calme ou le plein.
Vous interviendrez dans l'espace, vous en ferez partie. Le son n'est pas une symétrie stéréophonique. Le son s'écoute à travers toutes les trous et par tous les côtés, et parfois bien mieux à travers la vitre de la fenêtre, couché par terre, ou depuis une autre pièce.
Écouter est en fait une intéressante voie vers la compréhension de soi, des espaces et de ses habitants.

Plus de célébration du petit, de l'instable, du vivant, du mouvement
Plus d'éléments simples et particuliers dont l'agencement et le dispositif forment la partition
Plus de considération de la présence en général : gestes sonores, prise en compte du public, jeux d'espaces...

Moins de glorification d'un kit d'oiseaux et de guitares électriques faisant l'apologie de notre culture visuelle. Poétique ? Pas éthique...
Moins de fascination devant des électroniques complexes au profit d'une plus grande diversification de sons de textures et de natures différentes.
L'instrument devrait plutôt être au service des idées et des désirs de son joueur.
Et je pense qu'il faut arrêter de prétendre à l'ubiquité : mieux vaut simplifier la source sonore que d'oublier ses collaborateurs et auditeurs.